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Anthem Of Hearts. libre }

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MessageSujet: Anthem Of Hearts. libre } Sam 7 Jan - 18:54

      Rien n'empêche le Garde du prince de se détendre de temps en temps. Enfin, il n'y a pas de repos pour moi. Ce sera une journée d'entraînement, à peu de chose près. 

      Je cours. Je cours. Et je cours encore. J'aimerais courir pour toujours, me laissant emporter par là où mon cœur me demande d'aller. Je pourrais presque me dire heureux, je réalise que je n'ai pas pu l'être tout le temps même si je le prétendais. Haletant comme un chien, fatigué comme une vielle femme et sale comme un clochard mais heureux et comblé par ce que la vie m'a offert, je cours. Suant des litres de larmes par le corps, je cours. Ainsi, je pourrais éviter les pleurs, je n'aurais plus assez de larmes pour pleurer. Humain sans sentiments mais homme fort capable de protéger ceux qu'il aime. C'est ainsi que serait l'idéal de mon image vis à vis des autres. Je ne veux pas paraitre faible, ce serait le dernier de mes soucis et le pire de mes cauchemars. Je cours. Halètement. Inspiration. Expiration. Respire, respire et respire fort! Je me sens puissant. Respire encore. Me hurle ma conscience, j'ai besoin d'air, bouffe les nuages, boit l'oxygène. Je me donne moi même des ordres, parce que je vais oublier de respirer à force de courir. Je prends des bouffées d'air comme si je sortais de l'eau, comme si ma vie dépendait de la quantité d'air que j'avale. Je remplie mon ventre d'air, et je le dégonfle. Plus d'air, encore plus d'air. Le manque d'apport d'oxygène dans mes poumons me fait presque souffrir. Mais je cours. Parce que je me sens vivre. 

      Le vent me fouette le corps et s'infiltre dans mon pantalon. Étant torse-nu, je ressens directement le vent sur mon torse, ce vent qui me lèche le dos et qui s'accroche à mes bras nus. Le vent m'empêche d'aller plus loin, il veut que je change de direction, il veut que je le suive dans son trajet. C'est ce que je ressens. Donc je l'écoute et tourne les talons. Une fois que je me suis mis en tête que je devais suivre ce vent, je ne m'entendais même plus réfléchir.  Je ne réfléchissais plus à partir du moment où j'ai quelque chose en tête. Il se trouve que j'ai toujours fait de ma vie ce que mon inconscience voulait. J'ai toujours agit par instinct comme ça, réfléchir n'est pas mon élément mais je suis capable de maîtriser mon futur proche. Bref, je suis le vent qui me tient en laisse, comme si je n'avais pas déjà assez maîtres. Je cours.  Quand je retrouve mes esprits, je me sens comme si je m'étais piégé dans ma propre illusion. Et à chaque fois que j'atterris dans ce lieu, j'ai toujours la même impression. Celle de rêver. 

      Je suis certes assez loin d'être dans un rêve et encore moins d'être pris dans mes compétences d'illusionniste. J'avais dépassé la forêt geignarde. Ses arbres, sa grotte, sa silhouette. Mais je n'avais pas vraiment remarqué que j'étais venu si loin, transporté par le vent. J'en étais venu au lac songeur. Transparancine, plus exactement. Sous les eaux profondes de mon lac préféré. J'étais arrivé une nouvelle fois par instinct, passant par le passage demeuré assez mystérieux. Sous ces eaux, une galerie terriblement splendide. Pourtant, je n'aime pas tellement l'eau. Je n'aime pas me mouiller et je n'aime pas l'humidité. Je n'aime pas sentir la sensation désagréable des cheveux qui collent, du corps lourd à la sortie et du manque de respiration sous l'eau. Je suis donc sous le lac songeur, et je suis en plein songe. Ma fatigue s'est envolée et ne semble plus vouloir revenir. Ma respiration a trouvé son rythme normal et mon cœur a arrêté de faire des bonds à vitesse hallucinante. 

      Je parcours le chemin de la beauté. Je ne peux m'empêcher de m'émerveiller tel un gosse à chaque être vivant maritime que je rencontre à travers la glace. Je me dis qu'être un animal ne doit pas être mal non plus. Toujours à demi-nu et planté devant le mur transparent devant moi qui sépare la Terre et la Mer, je ne m'entends pas penser et n'entends pas non plus les bruits dans mes alentours. Un garde un peu trop songeur? Faux. C'est l'effet du lac, tout ça. 






      Hrp:: ce post est libre. si personne n'y répond ce sera un monologue, tant pis. le premier à me répondre gagne! /savon.
      bon pardon la qualité du post est à revoir, je sais.
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Mar 17 Jan - 21:38


    Encore une fois, les mages m’ont chassée. Sans le vouloir. Sans faire exprès. L’un deux a du appliquer un sort d’insonorité et voilà que je me retrouve comme vide, sans rien à faire que du vent. J’ai peur de ne plus pouvoir Leur servir. Qu’ils me jugent inutile et que je « disparaisse ». Je pourrais disparaître si aisément. Qui serait là pour s’en plaindre? Oui, je pourrais m’évaporer sans que l’on me remarque. Je laisse glisser un doigt sur la paroi de verre. Les monstres marins s’enfuient dès que je m’approche. Je fais même peur aux bêtes. Comment je me suis retrouvée ici, je n’en sais rien. Le soleil n’était pas encore levé, et je m’ennuyais tellement. Parfois je me demande comment je peux être si agacée par les racontars alors que mon attitude m’apparaît à moi-même clairement provocatrice. Je ne suis jamais là où on m’attend, et toujours quelque part où on ne désire pas ma présence.

    J’essaie de ne plus donner d’informations dévoilées lors du Conseil, où ma présence est requise. Je n’ai pas envie que ma tête touche le sol, et tout ce sang avec. Alors j’en glane de tous les côtés. Ce n’est pas bien compliqué: Dalen est si inexpérimenté et tellement stupide. Il n’a aucune idée de l’ampleur de la Chose qui se trame dans son dos. Il n’a pour d’autre vision que ce qui lui sert d’yeux, coincés dans leurs orbites, presque statiques. Il ne devine rien, ne pressent rien, rien à part ce qu’il a devant lui, et qui tombe le plus souvent mal et le plus désagréable possible. Tant mieux. Si ça ne lui sert pas de leçon, il tombera de toute façon. Qu’il s’entête à s’aveugler des frivolités de Lazarine et de ses murmures dévastateurs. Rien à foutre.

    Cette robe est agaçante. Elle traîne sur le sol et se salit plus vite que son ombre. Elle est trop serrée, fait mal au dos, au cœur et à la respiration. Qu’ont-ils trouvé à ces choses idiotes, dans l’Autre Monde ? Ce n’est même pas beau, pratique ou élégant. Ça donne des courbatures, coupe l’estomac et fait marcher de travers. Il faut faire beaucoup, beaucoup de pauses, se tenir à un mur, inspirer calmement, et puis reprendre son chemin comme si de rien n’était. Je sais ce qui me retient de la foutre à terre. Je sais aussi que ce qui me retient de mes instincts, c’est cette prison dans laquelle on m’enferme et dont j’accepte docilement les carcans. Je n’ai pas le choix, me dis-je. Il faut faire comme ça, c’est tout. Pas le choix. Pas le choix. C’est horrible, de ne pas avoir le choix. Je ne suis pas moi, et le pire, c’est qu’il y a forcément un moyen de m’affranchir, et je n’ai rien trouvé de plus potentiellement fameux que de m’associer aux ennemis de mon rang. Je ne voulais pas être celle qui renverse le cours des choses. Vraiment? Non, pas vraiment. Seulement, peut-être pas de cette façon. Zadig sera forcément, un jour ou l’autre, atteint par ma décision, par mon choix, et je crois que je ne pourrais y survivre.

    Je sais comment je me suis retrouvée ici, sous le Lac. C’est simple, les fonds du lac sont à l’abri de la lumière. Je hais cette lumière brillante comme je hais tout ce qui peut illuminer le jour, comme je peux haïr tout ce qui se rapporte de près ou de loin au Roi et à la Reine. Ils étaient comme deux ampoules chargées de l’énergie des Calandiens. Et puis, loin de leurs gens, ils n’étaient que deux vulgaires objets cassés, sans force. Rien d’autre que des ombres fluorescentes dans la nuit. Ce que je peux détester ces rayons qui semblent vouloir me percer.

    Je vais rebrousser chemin. Il y a cet homme qui est toujours immobile derrière Zadig. Son Garde. Je pensais qu’il ne le lâchait jamais. Vu sa tenue, on peut lui pardonner cet affront: il n’est clairement pas venu ici pour son simple plaisir. Il ruisselle de sueur, c’était immonde. En fait, je m’en fiche complètement qu’il soit ou non couvert d’une eau qui pue. Cet homme, plus que tous les autres, m’indiffère profondément.

    Et puis, tout à coup, je me souviens qu’il est un Enchanté – je crois bien l’avoir entendu, du moins, et mon ouïe de fouine ne se trompe jamais – et surtout, qu’il est une des personnes les plus proches de mon frère, le Chef Tout-Puissant des Enchantés, des personnes qui chassent les Mangeurs d’Âmes; qui me chassent moi. Il ne devient pas plus intéressant, lui, dans sa personne. Ce sont ses possibles oreilles, et ce qu’elles peuvent avoir entendues de secret de, « laisser ça discret », qui ont l’air de prendre une dimension phénoménale. Je gratte le miroir qui nous sépare de l’eau, et, en voulant adopter un ton doucereux, comme celui qu’employait Lazarine avec le Roi, je grince malheureusement:

    « Jamais sans Zadig, non? »
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Mer 18 Jan - 19:04

      Je ne suis définitivement pas aveugle, la personne se tenant devant moi est une des deux princesses du royaume. Mon sang ne fait qu'un tour dès que je la vois. Je la salue comme il se doit, la princesse. La sœur de mon protégé. Je me demande ce qu'elle peut bien faire ici, après tout, elle devrait être au Palais, pas dans un lieu manquant d'élégance comme celui-ci. Automatiquement, je fais la courbette et je reste dans cette position quelques instants, histoire de politesse, tout ça, je ne veux pour rien au monde manquer de respect envers la famille royale, puis je me redresse, en réponse à sa question. Les mots me manquent, je ne sais que répondre. Les mots me manquent toujours, de toute manière. J'aboierai bien si j'avais été un vrai chien de garde. Mais je ne peux répliquer qu'une phrase quasi-inaudible provenant du fin fond de ma gorge. Cette voix rauque et grave qui a fait tressaillir quelques innocents. 

      « Veuillez m'excuser, Princesse.
      Aujourd'hui Prince Zadig absent.
      »

      Je ne réponds certes pas totalement à sa question, mais perspicace comme jamais, je ne me prends pas comme sujet de réflexion. Et j'ai pensé à ma manière qu'elle s'attendait peut être à ce que son frère soit ici avec moi. Comment elle s'appelait cette soeur de Zadig, déjà? Lazarine? Abyss? Il semble que je confonds souvent les deux, ma priorité revenant toujours à la sécurité du prince cadet et non à la mémorisation de noms et visages difficile. Les autres membres de la famille royale possèdent eux mêmes leur propre garde rapproché. J'essaye de faire rouler ma mémoire et je mets en marche mes souvenirs. Ah ça y est, Lazarine est la princesse au visage doux et apaisant, et son caractère est à son image. Abyss est la belle princesse se faisant passer pour négligente et forte, mais son personnage est difficile à cerner. Abyss, donc. Cette princesse ne semblait pas à l'aise avec moi, comme avec quasiment n'importe qui. Je ne l'étais pas moins, pour ne pas dire dix fois plus gêné qu'elle. Combien y avait-il de chance que je tombe sur une des princesses dans un souterrain en sueur, à moitié nu? Je ne pensais pas cela possible, voire 0,1% au maximum. Ce n'était effectivement pas commun de la rencontrer dans un tel lieu. Nom d'un petit bonhomme en mousse, que faisait-elle ici? Les questions se voient fuser comme des feux d'artifices dans mon cerveau étriqué. Et il faut dire que je suis loin d'être le plus malin des gardes. Je remarque un bémol d'instinct. Mais je n'ai pas l'audace de découvrir le vrai visage d'Abyss, sous cette expression blasée impassible et figée. 

      Il y a un silence désagréable comme j'en créé souvent. Je peux jusqu'à entendre les bruits des animaux sous-marins qui sont visibles du souterrain. Je regarde Abyss, puis mon regard croise celui d'un poisson qui passait par là, par hasard. Je tenterais bien de meubler la conversation et essayer de découvrir le pourquoi du comment à propos de la raison de sa venue ici. Je n'ai absolument pas fait le lien avec les Mangeurs d'Âmes. J'ai une confiance aveugle en tous les souverains de mon royaume. Pourtant, je la sens anxieuse. Plus que mal à l'aise, dans sa peau autant que dans cette situation inopinée. Je décèle son mal-être et je la regarde. Assurance. Respect. Intrigue. Quand des sentiments assez communs se mélangent entre eux, on obtient une solution très particulière même si les ingrédients de base sont simples. Je suis certes aussi gêné qu'elle, mais la dominance de la curiosité est trop forte. Je ne suis pas une personne curieuse de nature. Je me fie à mon instinct et je laisse s'assécher ladite curiosité. comment lui faire comprendre. Comment lui demander ce qui me travaille depuis sa venue? Comment. Là est le problème surtout. Je décide alors de parler. Ou plutôt un ronchonnement très bas à l'intention de cette dernière.

      « Princesse, que vous. Que faites vous. Ici. »

      Phrase coupée. Reprise. Mâchée. Bâclée. Mais phrase quand même. Une si longue phrase exprimée de ma bouche, j'en ressens presque une fierté. Tellement oppressé par la peur de paraître impoli, ma phrase est dure et le ton donne l'impression d'un ordre, et non pas d'une question. Mais c'est connu chez tout le monde, je suis le chien de garde silencieux incapable d'aligner correctement trois mots, même si au fond, je rêve de parler comme une bonne femme, confiant. Bon, ni la grammaire ni la syntaxe est bonne. Mais me comprendre serait déjà suffisant pour faire de moi un homme comblé par tant d'efforts de langage. Et je me dis que j'aurais très bien pu utiliser mon pouvoir d'Enchanté, lui montrer des illusions ressemblant à des lettres pour lui faire lire ma phrase. Mais je m'abstiens de tout type de spectacle devant de simples calandiens, famille royale ou non. En général, les personnes non Enchantés n'aiment pas qu'on fasse ainsi démonstration de nos pouvoirs, ils nous jalousent facilement, quoique la princesse devant moi n'a pas l'air d'être jalouse envers quelqu'un, ayant déjà quasiment tout pour elle. Je me demande alors, me basant sur son regard las et sa dégaine hautaine si elle n'éprouverait pas une certaine lassitude vis à vis de l'existence qu'elle mène. Mais une fois de plus, je n'ose lui demander une telle chose, c'est une princesse après tout.
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Mer 18 Jan - 21:54

    J’ai l’impression qu’il reste une décennie, la tête inclinée comme s’il voulait toucher le sol. J’ai perdu l’habitude d’être saluée aussi. Bassement. D’ordinaire, on penche d’un millimètre la figure, et on garde les yeux fixés sur moi, au cas-où j’aurais prévu un mauvais coup. Tant de prudence, ça me paraissait normal, jusqu’à ce que ce garde me remette droitement à ma place. Il affiche son statut si naturellement, et s’offre presque totalement à moi. Je pourrais lui faire n’importe quoi, je pourrais le tuer, son dos est devant moi, je pourrais le tuer. Mais je ne vois pour le moment aucune raison de le faire, et je ne suis pas celle qui se salit les mains. Et puis, il se relève, péniblement. Il cherche des mots, les siens, qu’il voudrait m’adresser. Je pourrais lui dire que sa courbette me suffit, qu’il reste un homme et qu’il pourrait me casser les bras si facilement, que mon rang ne l’en empêcherait pas s’il le désirait et que rien d’autre que l’abstraite Loi ne pourrait se mettre en travers de nous. Lui aussi, il pourrait me tuer, si aisément que j’en frissonne.

    J’en suis là de mes pensées quand j’entends, pour la première fois depuis que je le croise, homme invisible derrière mon petit frère, sa voix. Je sursaute légèrement, je ne m’y attendais plus. Il a cette intonation qui peut donner l’illusion qu’il sort de convalescence, d’une grippe ou d’un rhume. Qu’il doit se réhabituer à dialoguer, à laisser l’air faire vibrer ses cordes vocales et former des sons que je peux comprendre. Je devine qu’il n’en est rien, qu’il ne doit pas avoir l’habitude de parler, de converser. Il n’a pas l’air d’être quelqu’un de très sociable. Après tout, ce n’est qu’un garde, et je ne me souviens pas avoir beaucoup bavardé avec le mien. Je ne me souviens pas avoir beaucoup bavardé avec n’importe qui, de toute façon, c’était un mauvais exemple.
    Ce qui sort de sa bouche si crispée est tellement banal et idiot que c’en est surprenant. Évidemment que Zadig, le petit Zadig, n’est pas là. Je vois bien avec mes yeux qu’il ne se cache pas derrière la masse un peu indolente finalement, qui se tient devant moi. Je souffle, mi-ennuyée, mi-amusée.

    « Ah. Quel dommage. Zadig ne vous a pas laissé son second degré. »

    Il est plongé dans une profonde réflexion. Bientôt, je verrai des nuages toxiques s’élever dans les airs par ses oreilles, et il crachera du feu. Peut-être qu’ainsi, il s’exprimera plus facilement, et que j’aurai moins de mal à le comprendre. Une sphère brûlante pour oui, deux pour non. Mais il n’y a que des Mangeurs d’Âmes pour avoir des pouvoirs si dangereux pour le corps. Les Enchantés, je crois qu’ils sont plus portés sur la réflexion, sur ce que la pensée peut avoir de puissant, de contrôlable. C’est beaucoup plus effrayant, en un sens. Est-il en train de me jauger? Représentè-je une menace? Je n’arrive pas à lire son visage, et je n’en prends pas la peine. Ce peut être amusant qu’il continue de m’étonner.

    Comme il ne semble pas vouloir entretenir la flamme de sociabilité qui s’est embrasée entre nous, je me tourne vers le verre transparent du tunnel qui nous emprisonne sur quelques mètres. Je pose le bout de mon nez sur l’élément froid, et j’observe les fonds du Lac avec plus d’attention que je n’en ai jamais eu. Je sais que je devrais parler, c’était dans mes projets, je ne suis pas partie parce que j’avais une idée en tête. Mais d’un seul coup, ma bonne – enfin, relativement bonne – humeur s’est envolée et je ne pense pas pouvoir la rattraper. Je suis bonne pour continuer à coller mon oreille sur les portes du Palais. Et puis, après tout, je ne suis bonne qu’à m’attirer des ennuis et devoir y réchapper chaque jour avec une marge de plus en plus réduite. Enfin, on peut dire que je ne suis bonne qu’à recevoir la monnaie de ma pièce, et ma tête ira s’échouer sur le sable, tout près, juste ici, et les poissons finiront bien par me digérer.

    « Princesse, que vous. Que faites-vous. Ici. »

    Mince, c’est la deuxième fois qu’il me fait sursauter! Mon nez s’éloigne un peu plus haut comme mon corps s’élance sous l’effet de la surprise, et il y a une sorte de frottement, comme un couinement qui s’élève dans la bleuité de la bulle sous-marine. Je n’aime pas ça. Je veux dire, me donner en spectacle, me « déshonorer ». J’ai horreur de m’humilier devant un parterre de gens, devant même une unique personne. Je me retourne vivement et je toise le garde d’un air mauvais:

    « C’est interdit de venir se promener ici? Je crois que je n’ai aucun compte à vous rendre, monsieur. »

    J’ai été trop brutale, trop sèche. Mais il m’a posé cette question de but en blanc, et j’ai besoin d’une certaine préparation pour dire ce que j’ai réellement envie de dire. Il est trop tard maintenant, il est trop tard pour dire d’une voix sage: « je me promenais aux abords du Lac quand j’ai échoué là » il faut tirer la voyelle très loin, très doucement, et continuer, « c’est un endroit que j’affectionne beaucoup », on se tait et on regarde d’un air attendrit l’eau qui nous entoure et on lance un œil posé à son interlocuteur. Il est très facile de savoir quoi dire lorsque Lazarine se pavane chaque jour dans les couloirs du Palais, il suffit de pratiquer un peu de mimétisme et on n’a même plus besoin d’un guide des bonnes manières. Mais une Abyss hors de son cocon, avec un quasi-inconnu et la silhouette de Lazarine s’enfuit en courant, et nous nargue en disparaissant au détour d’un angle. Je ne suis capable que de m’emporter quand je me laisse vraiment parler. Je suis trop agressive, trop nerveuse, trop impatiente, trop mal-élevée. J’entends déjà les nouveaux ragots: Abyss se sent supérieure à nous, tu as entendu comme elle a séché le garde de son frère? Elle n’a aucun respect pour les gens qui la protègent, pour personne d’entre nous. Nous ne sommes que du vulgaire plancton pour cette digne princesse. Peut-être qu’on crachera par terre après avoir dit ça. Tant pis, ce ne sera qu’une rumeur de plus.

    « Désolée » est le seul mot que j’arrive à lâcher, presque en le crachant. C’est un effort surhumain que je fais, je n’ai nul besoin d’un nouvel ennemi, et je dois tout faire pour essayer de ne pas attirer l’attention sur moi, encore une fois. Je ne suis pas n’importe qui, il faut croire.
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Jeu 19 Jan - 22:09

      Elle sursaute quand j'ai repris la conversation. Peut-on sérieusement appeler ça une conversation? Je ne sais pas. Bref, elle sursaute dès que je me suis remis à parler. Parler est un grand mot pour un peu bavard comme moi. Elle a sursauté assez violemment, je n'ai pensé qu'une seule chose, c'est mignon. Elle avait le petit côté adorable enfant du Prince Zadig. Très peu, mais quand même. J'ai alors esquissé un sourire qui ressemblait plus à une grimace qu'autre chose. Mes sourires tordus sont des désastres, quand j'en ai pris conscience, j'ai vite retrouvé mon visage neutre sans sentiments. Elle a dû mal prendre le fait que je l'ai fait sursauté, car elle m'a de suite adressé ce regard meurtrier, à m'en donner presque froid dans le dos. Mais je suis resté neutre et toujours sans jugements. Je ne me permettrai jamais de juger la princesse, pour moi, la famille royale est la royauté et ceux qui doivent être respectés et protégés en premier. 

      Aucun compte à me rendre? La princesse aurait-elle mal interprété mes dires? Je la regarde, intrigué tantôt curieux. Je tourne la tête, mine de rien. Je ne suis ni vexé ni touché par ces mots rudes et sévères. Il est clair que la princesse et d'un degré très différent du prince cadet. Elle n'a pas son côté enfantin et n'a pas non plus cette joie de vivre qui le suit partout. Son sourire est caché sous un masque de lassitude, je trouve cela triste et n'ajoute rien de plus. Je détourne moi même la tête vers la vitre sous-marine. J'ai envie de lui parler, envie de découvrir pourquoi elle n'est que si peu expressive, j'ai envie de découvrir ce qui se trame derrière ce personnage si sévère et manquant de dynamisme. J'aurais voulu parler, lui dire des phrases comme. Princesse, quelque chose vous tracasse? C'est compréhensible, votre statut est d'un naturel difficile à assumer. Mais vous êtes la princesse de ce royaume et beaucoup de monde ici a une confiance aveugle en vous. Je suis peut être mal placé pour faire une simple moral à une grande princesse, mais regardez ce lac. De surface, il est plat et ennuyeux. Mais à l'intérieur regorgent milles et une merveilles. Vous semblez similaire à ce lac. 

      Mon discours se serait terminé là et elle aurait acquiescé en silence. Sauf que rien. Je n'ai absolument pas eu le courage d'aligner tous ces mots. La première phrase était déjà une étape difficile à surmonter. Puis je l'ai entendu s'excuser de son comportement. C'est pour cela que je respecte cette princesse. Au fond, elle n'est que douceur et tendresse. Au fond, elle ne doit nous souhaiter que du bien. Mauvaise interprétation. Je pose mon regard sur elle et oublie mon discours intérieur, elle doit déjà savoir ce que je pense d'elle, sûrement. Je me râcle la gorge pour éviter de la faire sursauter une troisième fois et la mettre d'encore plus mauvais poil. Je la tourne vers moi en la prenant par les épaules. Je m'agenouille et ferme les yeux. Je prends son bras tendus et lui baise la main. Ne vous excusez pas, princesse. C'est cela que signifiait mon baiser soudain. Je me relève et baisse la tête en signe de salue, encore une fois. Et enfin, je me permets de lui faire entendre ma voix, en remarquant son regard surpris.

      « Belle princesse pardonnée. Toujours. Respect à vous. Vous êtes ce lac. »

      C'était une longue phrase. Laborieuse et assez complexe. Mais j'ai finalement réussi à sortir mon ressenti. En espérant qu'elle comprenne ce que j'insinuais par mes phrases entrecoupées. Je souhaitais de tout cœur qu'elle puisse me comprendre, au moins, elle. Je baisse les yeux et me tourne vers le lac, à présent. On aurait presque dit une belle scène de film romantique. Mais non, on en reste aux imitations, évidemment. Ceci est une contre-façon. Et je ne bouge plus. Le regard figé sur les merveilles du lac. Peut être qu'elle finira par comprendre. Belle enfant, belle princesse.
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Ven 20 Jan - 20:02

    Il grimace. Est-il en train de se moquer de moi? Je palpe mon nez rougit et je lui lance un regard désapprobateur. Je ne suis pas venue ici, je n’ai pas fait tous ces pas dans sa direction pour qu’on reste là à jouer à se faire peur. Je croise les bras sous ma poitrine et je regarde son visage redevenir ce masque sans traits. C’est presque plus agaçant que de le surprendre en train de se ficher de ma tête. Presque. J’ai l’impression terrible qu’entre lui et moi, Zadig fait office de médiateur. Que je m’empêche de ne pas tourner le dos à ce garde par respect pour mon cadet, et non parce que j’aimerais me servir de ses connaissances d’homme de l’ombre qui entend sans vraiment écouter. Mais il a ce fantôme qui nous sépare et je suis certaine que si je voulais toucher le bras de son garde, Zadig attraperait ma main et la repousserait en arrière. C’est une présence pesante et gênante.

    Pendant quelques instants, le blanc qui nous unissait refait surface. Ce silence n’est plus désagréable, je m’y suis habituée, et je sais à peu près à quoi m’attendre avec le garde, à présent. Il a un grave problème de communication, et moi j’ai du mal à réprimer mes mots cassants. Cela semble normal, donc, qu’il y ait de notre part, venant d’une volonté pour moi, d’une inaccessibilité pour lui, un certain nombre d’anges qui passent. Nous nous efforçons de nous taire lorsque rien ne paraît l’empêcher. Nous ne sommes sans doute pas assez masochistes, même si, plus les années passent, et plus j’en doute ‒ en ce qui me concerne.

    Il a redirigé son regard vers les profondeurs du Lac et je me sens plus détendue. Je relâche la pression sur mes épaules, et elles sont si endolories par la contraction que j’y avais apposé à cause du stress de cette rencontre soudaine avec ce garde, le garde de Zadig, en plus, que je souffle de soulagement. Un témoin extérieur pourrait nous prendre pour de vieilles connaissances, à qui les mots ne sont pas nécessaires pour se comprendre. Pourtant, rien n’est moins vrai: de ce garde, je ne connais rien, même pas le nom. Qu’il soit un Enchanté n’est un secret pour personne, rien de plus n’est attendu de la part du garde de Zadig. Je sais qu’il court torse nu, mais ce pourrait aussi bien être la première et unique fois de toute son existence. Qu’il a des difficultés à tenir une conversation et si j’étais moins bien lunée, j’aurais pu le juger sur ce point, mais aujourd’hui, j’ai décidé d’être clémente et, de toute façon, je ne vaux pas mieux au jeu de qui tient le mieux une vie mondaine riche et épanouissante.

    Ah! Il se racle la gorge. Voilà qu’il anticipe mes frayeurs, et me fait don d’une politesse exquise. Un bon point pour lui. Il retient vite les leçons. Mais maintenant c’est pire, il pose ses pattes sur moi et me fait face. Je suis une princesse, j’ai un titre à assumer, mais garder mes yeux sur lui, théoriquement dans les yeux, c’est trop dur. Je fixe un point invisible sur son front, au centre de ses sourcils. Pitié qu’il ne me laisse pas trop longtemps dans cette position, je vais me sentir mal. S’il ne me libère pas vite, je lui décoche un coup de pied, et tant pis pour mes informations.

    Il s’agenouille. Encore! En voilà un qui prend l’étiquette à la baguette. Peut-être me signifie-t-il son départ. Ce n’est pas grave, j’ai perdu toute envie de lui faire endurer un interrogatoire, depuis que son corps est entré en contact avec le mien, sans que j’y sois concertée. Il. Il baise ma main? Oh, je regarde le haut de son crâne, ses cheveux ras, et j’essaie de penser à autre chose que ses lèvres sur ma peau. Je me concentre sur la vitre du tunnel derrière lui, et je compte les secondes. Une, deux, trois, quatre, cinq. À six il se relève, une énième courbette et je range ma main dans mon dos. Je n’aime pas tant que ça les contacts, je me sers de mon charme pour arriver à mes fins, non pas parce que j’apprécie ça.

    Avec trois phrases, quelques mots, parfois sans verbe, il me pardonne, m’avoue son respect et quoi, me dit que je suis ce lac. Bien. En général, je joue plutôt bien aux énigmes, mais je ne vois pas le lien avec ce dernier point. Il me pardonne, très bien. Il me respecte, très bien. Jusqu’ici, rien de nouveau. Même le « belle princesse », je l’ai entendu des milliers de fois. C’est bien ça que j’ai de plus que Lazarine, aux yeux des autres. Lazarine est le Soleil jovial du Palais, et moi la Lune magnétique. Elle est la beauté fade et moi, l’exceptionnelle princesse au visage d’ange et au corps de reine. Rien de nouveau, rien. Mais il a réussi à m’intriguer.

    « Pardon? Je suis ce lac, boueux et sordide? »

    Je me réfugiais toujours derrière ce cynisme, cette ironie. J’avais lu les poètes de l’Autre Dimension, ceux qui étaient maudits. Ce crapaud dans la nuit, c’est moi, mais ce lac, me ressemble-t-il vraiment? Et pourquoi y a-t-il vu une ressemblance?
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Lun 23 Jan - 20:43

      Je ne comprends pas pourquoi elle ne comprend pas. Je sais très bien que ma phrase était magnifiquement poétique, affreuse, implicite et merveilleusement mal exprimée. Mais je ne pensais pas qu'elle penserait de façon si mauvaise, si négativement, si péjorativement. En général, quand on possède un esprit sain et des pensées appropriées, l'implicite devient toujours très simple, surtout que mon intention de base n'était pas du tout malsaine, au contraire. Enfin je ne sais pas, je pense pourtant d'elle qu'elle possède une âme pure et jolie. Je la comparais à quelque chose de beau, de profond et de réel. Quelque chose de sérieux et de sincère. Je ne la regarde pas, sans vouloir être impoli. De toute façon, elle n'a pas l'air de tenir à ma politesse. Je ferme les yeux et réfléchis. Je réfléchis à comment lui expliquer avec mes mots. Comment lui faire comprendre avec mes propres mots qu'elle est un lac rempli de belles choses. Comment lui dire avec mes mots choisis par mes propres soins qu'elle est une personne assez sombre et mystérieuse de l'extérieur. Ma certitude et ma confiance en moi a pris momentanément le dessus quand je lui ai sorti ma dernière phrase. Maintenant, je me retrouve presque dénudé de mots, impuissant face au début de conversation qui s'offre à moi. Je suis tout perdu à l'intérieur, je me sens stupide et je n'ai plus aucune confiance à revendre.

      Elle ne parle plus. Peut être essayerait-elle de déceler le sens profond de mes dires. Peut être qu'elle n'essaye même pas et qu'elle attend une réponse sûre et affirmative de ma part. Je me sens étrangement paniqué. Comme si mes sentiments de tout à l'heure avaient pris la fuite pour aller se réfugier dans un trou où je ne pourrais pas les récupérer. J'ai envie de rentrer dans une maison de souris, j'ai envie d'être muet. Je grommèle dans mon coin et cherche désespérément mes mots. Et si je ne répondais pas? S'offenserait-elle? Aurais-je l'air d'un méchant garde si je daigne l'ignorer? Qu'aurais-je pensé, dit et fait à sa place? Sûrement rien. Suis-je simplement égoïste de lui lancer des phrases incompréhensibles et espérer qu'elle y comprenne quelque chose? Voudrais-je vraiment être compris? Et si je réussissais à lui dire et qu'elle se moque de moi? Les questions me traversent l'esprit et repartent comme un train qui passe sans s'arrêter. Je me sens comme avoir loupé un wagon, comme avoir oublié quelque chose qui fut primordial. 

      Ce que je ressens. C'est de la peur. Encore une fois. Peur d'être incompris. Et je fais sérieusement un piètre garde, qui a peur des humains de façon psychologique. Je ne sais si c'est une phobie ou autre chose. Je ne sais pas si je suis moi même pris dans une illusion. J'ai l'impression de rêver. Et si tout ceci n'était qu'un rêve? D'ailleurs, ça pourrait être cohérent. Rencontrer une princesse si importante dans un lieu pareil. Lui parler -assez- normalement comme lui parler de la pluie et du beau temps. Puis je tourne ma tête vers elle, sourcils froncés, l'air renfrogné, l'air pas content, l'air fatigué d'avoir trop pensé en cette journée censée être relaxante et détendante. Puis non, rêver de ça ne serait pas supportable. Et je me décide enfin à parler. Enfin, émettre des sons pour former des mots et les caser comme si la grammaire était inexistante. 

      « Non. Lac. Surface calme, limpide, mystérieux. Intérieur beau, trésors pleins. Quelque chose... comme ça. »

      Puis j'essaye de lui faire un sourire pour me détendre aussi bien que pour la mettre à l'aise. Performance très floue et improbable, pauvre sourire noyé sous la sincérité mais débordant de non-conviction et de non-confiance, sûrement dû à manque de pratique. 

      « Pardon princesse. Moi. Stupide. Moi... M'en aller et laisser princesse. »

      Trop longue phrase. Grammaire et syntaxe mâchés comme jamais. Je me retourne, rouge de honte et de regret. Je fais une dernière courbette, tête baissée et le regard vers le bas. Comment oserais-je la regarder dans les yeux après avoir commis cet affront? Moi, ne pas dire à Prince cadet que je vous ai rencontré. Dernière phrase que j'aurais voulu dire. Mais je ne l'ai pas fait. J'ai reculé lentement et m'en allai donc, le cœur lourd.








      HRP:: je l'ai torché en 20 minutes, désolé pour la qualité plus qu'insatisfaisante ma belle.
 
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Dim 29 Jan - 17:19

    Il me tourne le dos et j’ai eu le temps de voir ses joues se colorer. Je ne compte plus ses saluts humbles, trop peut-être, et qui me mettent si mal à l’aise. Il recule doucement, comme si j’étais un de ces petits oiseaux aux nerfs fragiles qui prennent le large au moins petit mouvement. Il n’a pas tord, dans le fond. J’ai toujours ces admirables manières qui mettent au désarroi les autres et me rendent antipathique. Ils ont l’impression de respirer mon air, ne veulent pas rester plus longtemps près de moi, dans la peur que je me mette à délirer, dans le risque que je devienne hystérique et que je m’en prenne à eux. Que, par mon rang, je me permette de les humilier, de les rabaisser, de leur faire du mal. De les tuer par ma simple volonté, qui sait. J’instaure ce climat de tension, cette atmosphère gênante et glaciale. Je pourrais me défendre en blâmant mon éducation, reçue par-ci par-là par les quelques gens que j’ai rencontré uniquement dans ce but. Je me doute qu’une princesse n’a pas le temps d’être élevée par ses parents. Tout au moins, si j’étais un homme…

    « Pardon princesse. Moi. Stupide. Moi... M'en aller et laisser princesse. »

    Qu’avait-il dit? Oui, qu’avait-il dit, juste avant ça?

    Il sourit, je le devine maintenant, que sa grimace un peu monstrueuse n’est qu’un innocent sourire. Qu’il veut simplement que je refasse battre mon pouls tranquillement, que mes poumons reprennent une allure calme, et pas saccadée, paniquée. Que je lâche, comme un chaton, les griffes qui ne sont sorties que pour s’agripper au sol. Il faudrait que je me détende, comme Zadig. Que je laisse le Temps me prendre, et que je ne réfléchisse pas autant, tout le temps. J’avale les paroles du garde: je suis un lac lisse, je cumule les trésors. Je suis douce, je cache mes bienfaits. Je me laisse porter par ces mots, rares, tant pour leur sens qui ne m’étaient jamais destinés, tant pour la difficulté persistante que le garde de mon frère éprouve à les dire. Et puis, je me dis, si je suis le lac qu’il décrit, lui il est cet aimable sous-marin qui découvre une épave remplie d’or et qui, par éthique, décide de laisser la merveille à sa place, dans son tombeau d’algues et de vase.

    « Une chance que nous ne soyons pas sous une mer. Je vous aurais engloutit de ma précédente colère et vous n’auriez plus eu une chance de vous expliquer. »

    Et puis il faut parler d’autre chose. Discuter autour de mon sujet, c’est bien beau, c’est presque agréable, mais je ne suis pas là pour ça. Si l’on m’avait dit que je bavarderais aussi normalement avec un garde, j’aurais réprimé un rire dédaigneux et j’aurais dit, bavarder normalement, pour moi, c’est ne pas bavarder du tout. Pourtant, de nous deux, je suis celle qui a le moins de mal à construire une phrase cohérente. Aucun de mes mots n’est mystérieux, mais je suis quand même comparée à un lac! Je me dis qu’il faut détourner la conversation – oui, il s’agit bien de ça, deux êtres qui échangent des mots, personne n’ira voir si ces mots sont dans l’ordre et je serais bien la dernière à jeter une pierre à ce pauvre garde.

    Je me souviens que le garde s’en va. M’a-t-il entendu? À vrai dire, je n’y pensais plus. Il est bien plus facile de converser avec un fantôme qui s’en va, que devant son reflet, n’est-ce pas. Je me rends compte de ma bêtise, de mon égoïste pensée, même. Je tapote de l’ongle de mon index la vitre du tunnel. Comme d’habitude, les bêtes, même ici, protégées par un bouclier de verre, fuient devant moi. Le garde n’est rien d’autre qu’un animal civilisé, au langage à peine plus évolué.

    « Ne partez pas. Me laisser ici serait comme de m’abandonner. Vous imaginez, un garde princier qui abandonne une princesse? »

    Je suis certaine de l’avoir croché. Plus je m’habitue à lui, plus j’ai l’impression de savoir comme m’y prendre. En un certain sens, je l’apprécie. C’est la personne la moins chiante que j’ai rencontrée jusqu’à aujourd’hui.

    « Comment se fait-il que mon frère, à la langue si bien pendue ait un garde si silencieux? On dit que les opposés s’attirent, mais qui se ressemble s’assemble. Je ne suis pas bavarde, et vous non plus. En fait, j’ai même l’impression d’être une de ces ménagères commères auprès de vous. C’est… rassurant? Vous n’êtes pas obligé de répondre, si ça vous prend trop de force. »

    Je serai presque gentille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Ven 3 Fév - 23:40

    J'étais déjà en train de tracer ma route quand la princesse m'a retenu, chose que je n'aurais jamais imaginé même dans mes rêves les plus absurdes. Comme si un doux éclair l'avait frappé sur la tête, elle m'a parlé avec détermination et conviction. Je ne sais pas trop comment le prendre. Je ne sais même pas comment réagir, je m'arrête seulement dans ma lancée d'escapade et je l'écoute parler. L'abandonner? Moi? Ô grand jamais. Pourquoi ferai-je une telle chose? Un tel affront, un geste abominable et manquant cruellement de sympathie? Un garde princier. C'est ce que je suis, je ne suis que ça. 
     
    « Ne partez pas. Me laisser ici serait comme de m’abandonner. Vous imaginez, un garde princier qui abandonne une princesse? »

    Je ne suis qu'un garde après tout. Un garde connu pour ne pas avoir de cœur, un garde insensible qui n'a absolument pas le droit de faire autre chose que de protéger la royauté au péril de sa propre vie. C'est ce que j'en pense, j'imagine que je suis dévoué à servir princes et princesses. Je suis né pour faire ce travail, ce devoir, c'est comme un mérite divin. Je tilte sur le fait qu'elle pourrait m'accuser d'abandon, de lâcheté, de trahison. Choses qui ne me colleront jamais à la peau. D'accord, la princesse a gagné. Elle va devoir me supporter, je me dois donc de la ramener jusqu'au château saine et sauve. Je me chargerai de sa protection pour aujourd'hui, même si ce n'est pas dans mes fonctions d'être le garde rapproché de la princesse Abyss. Je suis censé n'être dévoué qu'au prince Zadig. Ô petit prince cadet que j'ai toujours pris le soin de protéger. Puis à ma grande surprise, alors qu'un nouveau silence venait tout juste de s'installer, elle reprit la parole, la princesse,

    Je ne comprends pas vraiment. Je prends ses mots aux pieds de la lettre. Elle est rassurée? Tant mieux, si cela peut la mettre à l'aise, je ne devrais peut être ne parler que très peu. Je ne sais pas, elle me dit que je ne suis pas obligé de répondre, mais ne serait-ce pas au contraire plus irrespectueux d'ignorer ses dires ainsi? Il n'est d'ailleurs pas question de force, enfin si. Peut être qu'il me manque cruellement de la volonté de sociabilité, peut être que je me sous-estime et que je suis capable de mieux. Je manque peut être trop de confiance. J'approche sa personne et reste près d'elle, debout. Toujours debout. J'ai l'impression que je n'ai jamais été assis, en y réfléchissant. Je suis toujours debout près de Zadig. Car assis, je ne peux pas surveiller ses arrières. Elle me compare à son frère. Elle me juge comme si je possédais la même valeur de vie que lui. Je devrais lui répondre que non, me comparer à un membre de la royauté est une grave erreur. Une très grave, qui, je ne sais pas pourquoi, pourrait énerver mon cher protégé. Je réfléchis un moment. Je ronchonne dans mon coin, mes mots, où sont passés mes mots, ma voix et mes paroles? J'émets un espèce de gargouillement rauque, et je me racle la gorge.

    « Princesse. Moi. Zadig, incomparable. Comme comparer chien et chat. »

    Nous sommes deux entités différentes, nés dans deux milieux de vie différents avec des différentes façons de voir les choses. Nous sommes un contraire. Nous sommes deux extrémités. 

    « Malgré tout. Cependant, princesse raison. »

    Je voulais peut être rattraper les choses. Parce que j'ai de gros problèmes d'expression qui peuvent porter à confusion, quelle horreur. Je me déçois. 
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MessageSujet: Re: Anthem Of Hearts. libre } Sam 4 Fév - 10:54

    Ce n’est que lorsqu’il s’arrête que je me rends compte. Que je me rends compte de mon réel pouvoir. Que je suis une princesse et que, quand je le demande, je suis écoutée - même si je ne le demande pas vraiment. Il faut que je commence à réfléchir à ce que je dis, la portée de mes mots, celle de ma volonté, ce que j’ordonne et ce que je veux. Je ne sais pas ce que je veux. Je ne sais pas m’exprimer sans le faire, comme on l’attendrait d’une princesse. C’est là que, plus profondément que l’apparence physique, Lazarine et moi nous devenons infinimment différente. Ce qu’elle veut je ne le souhaite pas, mais elle sait manier le langage d’une telle manière qu’elle obtient ce que moi je voudrais. Même en pensant j’arrive à m’éparpiller, à m’embrouiller. Si l’on dit que je suis floue, que j’enfume les gens, c’est peut-être vrai, je me le fais déjà à moi-même. C’est quelque chose qu’on ne peut pas contrôler, son absence d’envie. Est-ce que je voulais qu’il s’arrête, est-ce que je voulais m’attacher d’un garde, me sentir forcée d’utiliser les rudiments de mondanité que je possède?

    D’habitude, je suis soulagée quand je suis seule. Je respire en entendant la porte se refermer derrière quelqu’un, me laissant dans une solitude apaisante, je peux enfin me conduire comme il me semble, m’étendre sur un sofa, et ne rien faire pendant des heures, c’est comme si je disparaissais de la dimension, que mon corps devenait invisible. Car je le sais bien, tout ce qui prouve que j’existe, ce sont ces jambes, ce sont ces bras, c’est la main de Zadig qui touche mon épaule et la secoue pour me réveiller. À l’intérieur je suis morte, à l’intérieur il n’y a que du vide. Alors comment savoir si ce garde me touche, me touche par l’esprit, si sa présence m’est agréable, si je ne vois rien qu’une vitre sans tain tout autour de mon esprit. Mes émotions, mes sentiments, mes envies, sont protégés, me sont innaccessibles. D’habitude, je me laisse porter, j’agis superficiellement.

    À ce jour, je n’ai brisé ce miroir qui me cache mon intérieur que deux fois. Lorsque j’ai pris conscience de la folie que les Calandiens avaient en acceptant un roi comme Dalen, la folie dont nous étions tous pris de nous croire supérieurs à l’Autre Monde, qui m’avait menée à ma complicité criminelle aux Md’A et l’appel, presque un cri en fait, que j’avais lancé à ce garde que je ne connaissais même pas. Je ne suis pas effrayée, je suis excitée, comme lorsque je me suis donnée aux Mangeurs. C’est une nouvelle facette de moi que je me découvre, et je suis positivement ravie de la dénicher enfin. J’accepte d’avoir besoin d’être accompagnée, de dédaigner, pour un moment, la solitude qui m’entoure comme un voile protecteur. Mais qui, mieux qu’un garde, pour remplacer ce bouclier? C’en est presque cocasse.

    Quand j’avais fini mon laïus sur Zadig, lui, le bavardage et toutes ces choses qui m’apparaissaient maintenant futiles mais charmantes car sorties de ma bouche et que c’était si rare que ça m’enchantait, je vis le garde s’approcher, et je ressentis une vague de plaisir en comprenant qu’il avait cessé de songer à partir. Je sais bien qu’il finira par le faire, ne serait-ce que parce qu’il était le garde de Zadig, et pas le mien, et qu’il y avait toutes ces affaires communes qu’une personne comme lui et moi doivent s’occuper: la toilette, etc. Pourtant, j’avais l’impression que nous ne nous séparerions jamais, et je me voyais, postée contre la paroi du tunnel, de l’autre côté, en dehors de moi, et je me trouvais presque ridicule car en apparence, j’étais toujours aussi glacée et le garde toujours aussi solennel.

    Je me suis habituée à son langage brut, difficile. J’ai même l’impression que c’est le seul qui puisse être normal, et qu’il me sera compliqué de retourner à une conversation, si jamais j’autorise quelqu’un d’autre à me parler, avec des phrases complètes et naturelles.

    Évidemment sa réponse traverse mon oreille droite et disparait dès qu’elle s’envole de mon oreille gauche. Il est si conciliant, c’est étrange. Lazarine et Dalen sont plutôt du genre à être tout à fait contre tout ce que je dis, immédiatement et tout le temps. Zadig n’échange jamais de vraies idées avec moi, et il est plutôt neutre lorsqu’il s’agirait de me défendre au Conseil. Ce sont les trois seules personnes avec qui je converse régulièrement, et le peu de fois où je m’entretiens avec quelqu’un d’autre, ces rapports sont biaisés par les rumeurs qu’on me porte et la douce peur qu’on a de moi.

    « Peut-être voulez-vous rentrer? Rien que pour vous changer. Je vous prends le peu de temps libre que doit vous laisser Zadig, vous devez en être ennuyé. » Je lisse une mèche de cheveux, je deviens nerveuse, je me sens presque vaciller tellement je me trouve audacieuse et bavarde. « Et puis le soleil est tout à fait levé à présent, et j’ai peur de devoir attendre la nuit avant de m’en aller si j’attends plus longtemps. »

    C’était crevant de paraître gentille. Mon égoïsme royal avait reparu au galop et je m’en veux d’avoir l’air si superficielle, d’accepter finalement qu’il parte, mais seulement pour meiux m’accomagner. Et cette excuse du soleil, il ne m’a jamais rien fait de mal, je ne sors presque jamais et les rayons ne sont pas ma tasse de thé, mais je pourrais sans problème me promener en pleine journée, c’est seulement que j’enchaîne les siestes ou que j’écoute aux portes pendant ce temps. Si maintenant je me colle aux ragots, je deviens celle qu’on raconte, je crois que casser cette vitre sans tain qui cache mon véritable moi ne servirait à rien, on trouverait derrière une boulangère qui nous regarderait en disant, “vous connaissez la nouvelle? Abyss a encore...” Non, vraiment, je déteste ces rumeurs.
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